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Analecta

Priape - le phallocrate impotent, de Maurice Olender

3 Janvier 2026 , Rédigé par Jacques Millet

Récemment disparu, Maurice Olender (1946-2022) était historien et helléniste, quoique sa visibilité fut davantage éditoriale, ayant créé et animé sur des décennies les collections « Textes du XXe siècle » (Hachette), « La Librairie du XXe siècle », puis « du XXIe siècle » (Seuil), porteuses de signatures prestigieuses de la philosophie, et plus largement des sciences de l’homme et de la société, jusqu’à la littérature – avec une exigence équanime de clarté et de profondeur intellectuelles. Son seul Fantôme dans la bibliothèque (2017) y fut publié et c’est en opus posthume qu’y paraît également ce Priape, une synthèse des recherches, elles aussi sur des décennies, stratifiées et décantées pour une focale, une véritable mise au point sur la figure trouble de ce dieu mineur de la mythologie gréco-égyptienne, avec les résonances qu’elle révèle, ou occulte, dans les champs philosophique, psychanalytique et théologique.

Les sources qu’y consigne Maurice Olender irriguent le scandale du phallus de Priape, qui oblige à une relecture tant du Timée de Platon que du Protreptique de Clément d’Alexandrie, comme à une réévaluation des mythes parallèles d’Osiris ou de Shiva, de leur accaparement doctrinaire ou théorique. L’invention ithyphallique permet à certains affects d’être finement interrogés, ainsi de la pudeur chez Aristote, trahison passionnelle du corps désirant, comme cette rougeur qui monte au visage de l’adolescent aux prises avec d’inavouables pensées. De toutes les maladies qui assaillent le corps fantasmé du Timée, celles que concentre le sexe en partage d’excitation dramatisent assez l’irréductibilité du désir ( libido ) à la raison ( logos ) : « Le sexe viril souffre d’une morsure d’insecte : comme un vivant privé de raison, un animal enragé par une piqûre de taon [… terrassé] par un délire » (p. 111) – et dont on ne s’affranchit que par une domination sans frein d’autrui. Pour Augustin encore, huit siècles plus tard, le même désarroi aggrave cette autocratie des parties sexuelles du corps, privées « de la vigilance de la pensée ( vigilia cogitationis ) » et du libre arbitre, dès lors indexées sous l’emprise de la honte. L’on sait qu’un tel contrepoint moral a été retourné par Freud, notamment par le vecteur civilisateur de la sublimation, la pulsion sexuelle se réorientant sur des visées de culture ou plus fondamentalement sur un régime d’investigations intellectuelles. Lacan donnera encore son extension d’opérateur logique au phallus, conçu comme signifiant maître dans l’ordre du sens, lui imprimant une portée symbolique qui boucle avec celle de sa figuration d’origine, dans la démesure fallacieuse de l’organe du petit dieu tyrannique, auquel Maurice Olender aura restitué une ampleur injustement repliée sur des siècles d’évitement savant.

La présente diagonale ne souligne évidemment qu’une facette de l’érudition, à la fois souple et exhaustivement documentée, que restitue cette œuvre testamentaire avec une force d’entraînement proprement jubilatoire. Sa publication augure un horizon éditorial d’inédits et d’études que les travaux et la correspondance de Maurice Olender (que l’IMEC archive depuis 2005) appellent d’une calme urgence.

Priape , Maurice Olender, Sciences humai... | Editions Seuil

 

 

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